05/11/2007

Poètes oubliés.


Etais épris je lui parlais d'amour
Et elle m'objectait lune du jour
Parfois je lui mendiais tolérance
Elle me suspectait de démence


- Papy ?
- Suis là, Delphine. Tu viens m'aider ? Non.?
- Mais tu ne fais rien, toi non plus. Tu regardes un carton à moitié plein en comptant avec tes doigts. Au fait, tu comptes quoi ?
- les pieds.
- Ah ?
- Il m'en faut dix pour chaque vers. Ce n'est pas évident.
- Heu... Et des vers, tu en as combien ?
- Pour l'instant, quatre... un quatrain. Et puis, il y a la rime... A la fin, il faut des sons semblables, même si ce sont des vers libres.
- Et où sont-ils, tes vers... libres ?
- Dans ma tête, tiens ! Je ne suis pas satisfait. Ils pourraient être mieux balancés, accordés... En plus, il me faut plusieurs quatrains.
- Ah ? Tu veux faire un élevage de vers... dans  ta tête ?
- On peut s'exprimer ainsi : cela s'appelle un poème.
- Si tu le dis... C'est pafaitement dégueulasse !
- Mais non ! Imagine que je te récite un poème de Verlaine. Les vers sortent de ma bouche les uns après les autres, les pieds se suivent doucement ou avec intensité, rythmés par l'émotion que dégage le texte et le récitant. Quelle merveille ! Bien, au boulot. Les cartons ne se rempliront pas avec des vers...
- Verlaine, c'est un ver à qui on a mis une petite laine. Il a la crève ?
Ou elle se fout de moi, la chipie, ou elle est bouchée, ou encore les deux !
- mais qu'est-ce qu'on t'apprend à l'école ? Comme Aragon, Baudelaire, Lamartine, Prévert et beaucoup d'autres, c'est un poète.
- Pfft ! Nous n'avons pas encore appris tous ces machins. Prévert aussi ?
- Oui. Quelques mots verts, osés mais en général., ses vers sont un délice.
- Berk ! Dis, comment retrouve-t-il ses vers verts dans un pré vert, ton Prévert ?
- Delphine, fiche-moi le camp ! Et viite !

12:13 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

01/11/2007

Le jour des morts (-un).


Je fête la Tousseins et fait honneur aux gros, petits, en poires, en pommes, fermes, flasques, arrogants, fatigués.... avec leurs petites excroissances appelées tétons qui gonflent, durcissent et se dressent sous l'emprise du désir. Oups, rien que d'y penser... mon slip kangourou risque de s'en dépriser. Calme, là-dedans !
A la Toussaint, les hommes circulent la tête basse, se mirant dans leurs paires de chaussures cirées de frais. Et comme le ventre est sur la trajectoire... ils se prennent pour le nombril du monde. Les femmes, même de noir voilées, gardent la tête haute et leurs corps cambrés laissent apparaître leurs appas offerts, pour la circonstance, à l'attention de tous. Pour ces dames, un cimetière aussi est prétexte à draguer un inconnu. Elles ont raison. Autant s'occuper des vivants...
Mais qu'est-ce que je raconte, moi !? Et le jour des morts encore...! Jules, tu ne respectes rien.
Quand j'étais gamin, mes copains me rapportaient que mort et enterré, Saint-Nicolas bandait encore et que tous les six de décembre... Ben, mon salaud ! J'avais déjà vu celle de mon père, avant et après une dispute avec ma mère, mais celle de mon Saint préféré, jamais. Petit, j'étais, paraît-il, intelligent et curieux. Quand ma soeur tomba enceinte sous X, ma mère racontait cette histoire au tout venant. Et un beau jour de décembre, au Bon Marché, je le vis, ce saint extraordinaire qui avait séduit ma soeur. Et je vérifiai... Pas possible ! Le saint était une sainte. Les seins du saint pointaient sous mes doigts gauches. Les droits, pendant ce temps... Comment ma soeur et X, alias Saint-Nicolas...Mystère ! Nous fûmes interdits de séjour au Bon Marché. Aux magasins de la Bourse, je promis d'être sage...
Mais qu'est-ce que je raconte, moi !? Et le jour des morts encore...! Jules, tu ne respectes rien.
A la campagne, les cimetières sont accessibles, par la porte ou... par le mur. Nous avions choisi un cimetière au hasard, quelques tombes dont le titulaire était décédé avant mille neuf cent soixante. Choquer, oui ; blesser, non. Au-dessus des tombes des dames, nous avions tendu des cordes à linge et pendu des petites culottes, soutiens et autres gadgets affriolants. Devant les tombes des hommes alentour, nous avions superficiellement enterrés des pénis en plâtre peint, de toutes grosseurs et dimensions. Quinze jours de boulot pour une plaisanterie de potaches ! Aux dernières nouvelles, dans le dit patelin, le curé parlait de manifestation de Satan... Une procession de pénitence fut organisée. Milliardidju, il ne perdait pas de temps, l'abbé !
Mais qu'est-ce que j'ai fait, moi !? Et le jour des morts...! Jules, tu ne respecteras jamais rien.

Mais c'est bien loin tout ça...! 

14:05 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |