09/05/2008

L'amour de la laine.


Deux pelotes de laine, une rose, une bleue. Quoi de plus banal que ces deux boules de poils qui traînent au fond du fauteuil, piquées sur de grosses aiguilles à tricoter. Devant, Nelson, le chat toujours fatigué, en boule lui aussi, la queue perdue dans sa fourrure, ronfle en rêvant, sans doute, à des souris roses et bleues. Pas question de toucher aux balles de la patronne. Un coup d'aiguille est si vite arrivé !
La maison est désertée par les humains bruyants. Le calme règne. C'est le moment. Les deux pelotons se réveillent, s'ébrouent, se lancent des regards complices, se débarrassent de ces aiguilles paralysantes et entreprennent une danse silencieuse autour du matou. Qu'il aille roupiller ailleurs. Il leur faut la place et cette surveillance féline les gêne. Le greffier, dérangé, baille, étire ses pattes, sort ses griffes et quitte les lieux en miaulant : "vraiment, on n'est tranquille nulle part !"
La fête ! Oui, nous allons faire la fête. Et que peuvent faire joyeusement ensemble une pelote bleue et une pelote rose ? L'amour, pardi ! Ne soyez pas bégueules, chers lectreurs et lectrices. Vous y avez pensé aussi ! Collées l'une à l'autre, elles se bécotent, se sucent le brin, s'enlacent, s'emmêlent, se font de savants noeuds, se lient dans une étreinte sans fin. Quelle belle journée, à l'abri des oreilles et yeux indiscrets.
Du bruit... On vient. Vite, reprenons nos places. Oui, mais... Ils se sont tant aimés qu'au moment de la séparation... il y a comme un noeud.
- Mais lâche-moi...
- Dis donc, c'est plutôt toi qui me tient.
- Qu'allons-nous faire ?
La boule rose est paniquée. Heureusement, la sphère bleue ne manque pas d'imagination.
- Fais comme moi. Arrache-toi des fils. C'est Nelson qui va prendre la dérouillée.
- Nous allons nous retrouver tout nus ?
- Et tantôt, on était comment, innocente ?
La maîtresse de maison contemple le massacre. Sagouin de Nelson ! Où est-il celui-là ?
- Ah, te voilà, toi ! Tu as vu ce que tu as fait ?
Un miaulement de tendresse lui répond puis soudain, un cri atroce, une galopade, puis plus rien.
- Nelson, descend de cette armoire.
- Miaouuw ? Pas fou. Tu peux toujours attendre. Dépose d'abord ton balai...
Retour aux pelotes. La commère pleure le massacre, tâte le brin de chacune, hoche la tête. Un sacré boulot de démêler tout ça. Elle va y passer la soirée. Et d'abord couper ce brin abîmé...
- Non, pas celui-là hurle la pelote bleue. Trop tard. Sous le choc elle vire... au rose.
Le pull est enfin terminé. A son anniversaire, le compagnon a hérité du tricot rose bonbon nuancé de bleu. Il a d'abord refusé de le porter et finalement ne le met que le dimanche lorsqu'il chante à la grand-messe. Elle l'accompagne à l'harmonium qu'elle esquinte allègrement. Mais depuis, elle a dû sauter deux octaves. Son Jules a la voix qui mue "à l'envers". A soixante-quinze ans ? Et le docteur qui ne trouve rien et rigole...

18:45 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

dommage! je ne tricote pas. j'aurais bien voulu voir 2 pelotes se livrer à des ébats amoureux! elle est trés mignonne cette histoire.
je te souhaite un beau we et te fais un gros bisou! à bientôt.

Écrit par : mimi | 09/05/2008

toi tu dois écrire un livre avec un talent pareil. allez bisousssssssssssss

Écrit par : rita | 10/05/2008

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