24/04/2008

Platon.


Les amours platoniques font-elles également le bonheur ?
A vingt printemps, non, répondrez-vous vivement.
Il faut être taré pour accepter pareille ineptie...
A quarante berges, peut-être, concéderez-vous doctement.
Les aléas de la vie...
A quatre-vingts balais, forcément, chevroterez-vous vacillant.
A moins de s'appeler Chaplin Charlie...

22:09 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

L'obsédé.

 
Elle est couchée, les membres écartés. Entre ses jambes, des milliers de petits chaperons rouges approchent au pas cadencé,  en rangée de trente-deux unités, puis seize, huit, quatre, deux et en définitive, pénètrent à la queue leu leu son intimité. Avant de disparaître, ils allument chacun une grande torche, flamme olympique pareille à celle vue au JT. Et tous ces points chauds la brûlent de contentement, intensément. Mais ils sont trop nombreux, elle ne pourra tous les contenir. C'est à ce moment que surgit en queue de cortège un énorme chaperon, rouge lui aussi, posé sur une chasuble blanche translucide recouvrant un pilier massif, couché et oscillant. Sa base se perd dans un épais maquis. La peur envahit la belle. Il n'entrera jamais ! Effectivement, après de nombreux essais, le haut passe, le bas bloque. En tout cas, le bidule ne renonce pas facilement. Elle croyait avoir mal mais plus il insiste, plus elle apprécie le mouvement. Et soudain une douce chaleur l'envahit...
Au lendemain de cette éjaculation littéraire mémorable, la honte me ronge et les remords m'envahissent. Raconter ses rêves ? D'accord mais pas tous. Comment ai-je pu commettre une telle saynète pornographique et surtout la publier, dévoilant ainsi au monde entier, qui s'en fout, mes vices, mon intempérance, ma perversité ? La grosse boulette ! Jules, tu as intérêt à te mettre au vert et à te faire oublier.
Dring... dring... Tiens, ma noble et honorable fille accompagnée de ma non moins populaire et inoubliable petite-fille qui viennent me voir. Houla, pas bon signe, ça...
- Oui, je vais bien merci. Quel bon vent...? Le petit chaperon rouge de Perrault ? Ben oui, je connais. Pourquoi ?
- Et Delphine, tu y as pensé ? Grand-Père indigne !
- Eh ! Doucement... Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Delphine a été choquée et moi aussi. On n'utilise pas un conte de Perrault pour débiter des cochonneries. Et tu les fais, en plus... A ton âge !
- Parce que pour... tu m'imposes un âge limite ? Dis donc, ma fille, cela va comme tu veux ? En sus, je n'ai jamais parlé de conte, de Perrault, des frères Grimm. Pour le reste... Pourquoi laisses-tu aussi lire à ta fille n'importe quoi ? D'ailleurs, a-t-elle seulement pigé mes élucubrations ?
- Demande-lui ?
La chipie fait "oui" de la tête et affiche une mine d'enterrement. Elle me le paiera !
- Dans ces conditions, j'ai décidé que ma fille ne mettrait plus les pieds chez son grand-père lubrique et paillard.
- Dis, Maman, tu rigoles ? C'est toi qui m'as finalement tout expliqué. Avant, je n'avais rien com... Aïe ! Ca va pas ?! Whoin... sniff.... whoin..
Une paire de gifles à Delphine qui ne l'a ni méritée, ni volée (les avis sont partagés), révélatrice d'un malaise certain. Mais plus alarmant et énivrant à la fois : j'avais déjà reçu des regards térébrants de la part de ma fille mais parricides... jamais. Et cette fois...
Moi qui rêvais de ne pas mourir dans mon lit...

00:52 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/04/2008

Si d'aventure...


Je l'aime ! Elle m'a passé le licou
Banal, surtout inconscient, direz-vous
N'êtes ni le premier ni le dernier
A qui pareille mésaventure
Dans sa vie surgit d'aventure
Promptement préservez votre terrier
Vaquez à votre mâle carrière
Ce baume vous guérira, mon frère !

17:02 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

18/04/2008

Le temps.


Etrange, cette notion du temps qui passe, vite, trop vite, lentement, pas du tout. L'homme a inventé pléthore d'instruments sophistiqués et de plus en plus précis pour le mesurer le plus exactement. De quoi passer le temps. Et puis un jour...
Vous vous éveillez et vous jetez un coup d'oeil à votre réveil-matin. Arrêté à minuit ! Vous jurez un bon coup pour masquer l'angoisse du retard et les désagréments concommitants. Vite, vérifier sur un autre engin de torture, l'horloge du salon : les aiguilles bloquées, elles aussi, sur minuit. Est-ce un mauvais rêve ? Reste la cuisine et sa pendule qui fait un bruit de marteau piqueur. Ce n'est pas vrai ! Elle itou... Après vérification des montres traînant sur les meubles, vous vous rendez à l'évidence : rien ne marche !
Idée géniale, l'horloge parlante :
- Au troisième top, il sera exactement... au troisième top, il sera exactement... au troisième top...
Vous coupez la communication et devenez tout logiquement fébrile. La radio, la TV... en panne. Il y a un os quelque part. Que se passe-t-il dehors ?
Dans la rue, les badauds, les commères, les enfants, cloués sur place, ont tous le nez en l'air. Toute la circulation est bloquée dans un immense  embouteillage. Plus rien ne roule et les conducteurs, chauffeurs, les yeux au ciel comme tout le monde. Il n'a pourtant rien d'exceptionnel, ce ciel. Il fait beau, le Soleil brille... Houlà, la journée est bien avancée. Ai-je dormi si jongtemps ?
Surpris par ce comportement général, j'aborde une dame que je juge moins stupide que le commun du troupeau. Elle n'est pas désagréable à regarder, ce qui ne gâche rien.
- Bonjour, Madame. Désolé de vous déranger mais je ne vois pas ce que ces personnes qui nous entourent regardent si intensément. Pouvez-vous m'éclairer ?
- Pas longtemps que vous êtes tombé du lit, vous !
- Je ne vous permets pas...
- Pointez le Soleil au lieu de vous énervez.Vous ne constatez rien d'anormal ?
- Ben... Non. La journée me semble bien avancée.
- Non, Môsieur; le disque solaire s'est montré il y a une heure, à  l'Ouest. Je l'ai vu de mes propres yeux.
- Mais...
- Comme vous dites !
Et me voilà, moi aussi, comme tout le monde, le nez dans les nuages à affronter l'astre du jour. Pas possible, il s'est gouré de sens. Non, lui, il s'en fout ! C'est la Terre qui...
Les individus incrédules sont tendus, crispés, apeurés. La  panique couve. Il y a de l'électricité dans l'air. A la moindre étincelle... Et chacun sait que les mouvements de foule sont imprévisibles. Déjà des prêcheurs et escrocs de tout poil haranguent des groupes prêts à avaler les pires âneries, balivernes, mensonges. Heureusement, de bonnes âmes s'essaient à expliquer l'inexplicable. Pendant ce temps les pickpockets subtilisent quelques portefeuilles, montres, bracelets ou autres gadgets : le genre humain et son sens pratique...
Et soudain, la rumeur salvatrice : si la Terre tourne à l'envers, nous allons rajeunir, les enfants retourneront aux cellules reproductrices d'origine,  les morts vont ressusciter (la belle-mère aussi : c'est moins drôle), le mari violent, la femme infidèle auront disparus, les malheurs et désenchantements seront devenus inexistants... Bref, toutes nos conneries d'antan : effacées, oubliées, nulles et non avenues. Et après ? Après, on verra...
Que la Terre tourne sur elle-même dans un sens, dans l'autre, par à-coups, pas du tout, le temps lui, avance et se déroule inexorablement. Allez expliquer cela aux gens sans risquer de vous faire lyncher ! Rien n'est plus ingrat que de dissuader les humains de croire en des chimères, utopies, illusions et de s'en faire une certitude, une philosophie, une religion.
- Pourquoi ? M'objecterez-vous.
- Parce que la bêtise des hommes est divine... puisque sans limite ! Vous ne le saviez pas ?

10:36 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

10/04/2008

L'imprimante.


- Bonjour Papy. Tu vas bien ? Je ne te dérange pas ?
- Mmmh...
- Dis, tu pourrais tout de même me répondre. Je ne t'ai rien fait. Tu n'arrêtes pas de râler ces derniers temps...
- Oui et je suis toujours de mauvais poil. Je râle si je veux, quand je veux. Nous sommes en démocratie ! Avec ou sans le NVA, milliardidju !
- Si tu le dis. Moi, ta politique de nases... Je peux utiliser ton ordinateur ?
- Heu...  Attends... oui, si tu fais gaffe.
- J'y vais... tu me connais.
- Précisément.
Delphine a allumé l'ordinateur. Tiens, je n'entends pas ronronner la nouvelle imprimante... Etrange.
- Papy...? Papyye...?

- Qu'est-ce qu'il y a encore. Ne crie pas ainsi ; je ne suis pas sourd.
- J'ai un problème avec l'imprimante.
- Mais qu'as-tu encore trafiqué ?
- Sais pas moi. Je l'ai mise en route, c'est tout. Je voulais imprimer mon travail d'histoire pour l'école et... tout a prouté.
- Oui, effectivement, pour avoir caviardé... Pfft, je verrai cela à tête reposée. Aujourd'hui, je n'ai pas le temps de m'énerver sur ce bazar.

- Mais je dois rendre ce travail demain.  Sinon, je ramasse une bulle !
- Fallait t'y prendre plus tôt au lieu de te balader à vélo à longueur de journée en narguant les garçons.
- Mais... mais je comptais sur du matériel fiable.
- Fiable... fiable ! Tu ne sais même pas ce que ce terme signifie, pauvre moucheture. Bien. Que se passe-t-il là-dedans ? Delphine, l'imprimante, si tu l'as... je te massacre.

- Mais j'ai touché à rien. Je l'ai faite chauffer. J'ai entendu des trucs et des machins s'enclencher, puis paf, plus rien. Tu devrais ranger tes fils : on ne sait pas d'où ils viennent, ni où ils vont. Et ces noeuds partout : c'est d'un moche ! Putain, quel bordel !
- Quoi ?
- Houlala, j'ai rien dit...
- Oh, Delphine ? Qui a branché cette seconde fiche dans l'imprimante ? C'est toi ? Je t'avais dit de ne pas toucher à ça, p'tite sotte. Tu m'as déjà bousillé une imprimante et un clavier.
- Mais ce n'est pas vrai. Je ne sais pas moi. C'était comme ça.
Tous ces appareils et engins fonctionnent à condition de faire le contraire de ce qui est exigé par les importateurs. Il m'a fallu un certain temps pour en comprendre la raison : ils font traduire la notice du chinois en français par un Belge de souche et cela donne du petit nègre, forcément. Bon. Une fiche verte et une autre orange-noire. Je n'aime pas ce mélange "zwarte oranjeappel..."
- Delphine, retire la fiche orange-noire de l'imprimante.
- Tu es sûr que c'est celle-là qui...
- Non, justement.
- Papy, cela marche : elle imprime. Merci, je suis sauvée.
- Et oui...! Je suis le kobold du bidule en trop à éliminer. Bart De Wever et acolytes ont intérêt à bien se tenir !

- Pfft, Papy ! Vois pas le rapport...
- Moi si.

 

22:10 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/04/2008

Dans ma rue.


Dans ma rue, il y a des bâtiments gris et sales, accolés les unes aux autres comme dans un jeu de construction, il y a des voitures qui y passent, s'arrêtent, repassent, des piétons qui la remontent, des quidams qui la descendent. des chiens en laisse qui y chient, sur le trottoir de droite, de gauche, à la grande satisfaction de leur maître et la colère assassine des riverains.
Dans ma rue, il y a la maison d'en face. Je ne vois que sa façade et ses fenêtres, ouvertures sur un microcosme, mon quartier. Chaque jour donne sur une chambre,une kitchenette, une salle d'eau. Un travailleur ou un étudiant y loge, regarde la maison d'en face, les fenêtres d'en face, ma fenêtre.
Dans ma rue, il y a une seule croisée ouverte dans la demeure d'en face. Je n'ai d'yeux que pour elle. Elle m'attire comme un aimant, un amant. Est-il si important, cet accès à une vie, la vie d'un bout de femme d"en face ? Pour moi, peut-être...
Dans ma rue, je ne vois rien si ce n'est cette baie ouverte, été comme hiver, avec de jolies tentures en velours mais sans rideaux. J'y vois une femme tronc qui se déplace glissant sur le sol comme une automate et regarde, légèrement penchée, la chaussée, le ciel, ma fenêtre. Deux êtres qui s'épient sans savoir pourquoi.
Dans ma rue, en vérité, deux individus de sexe opposés se font face, surpris et méfiants. Mais qui sont cette femme, cet homme ?. Elle, la quarantaine et un visage d'ange, clouée dans un fauteuil roulant, et lui, le petit retraité d'en face, ordinaire, quelconque. Chacun observe, jauge, juge l'autre. Chacun se pose l'éternelle question : moi, petite chose insignifiante, je l'intéresse ? Pourquoi ? Non, c'est uniquement de l'amitié urbaine, de la pitié dangereuse, de la curiosité malsaine, de l'intérêt morbide...
Dans ma rue, pourtant, deux individus qui ne se connaissaient pas se sont souris, salués de la main, envoyés de tendres signes. Est-ce le début d'une idylle sans lendemain ou un amour sans fin. Chacun le voudrait, l'espère, le craint. Sera-t-il son charmant de prince ? Sera-t-elle la cendrillon de la chaussure ?
Dans ma rue, vous qui passiez sans les voir, soudain attendris et complices, vous désirez connaître la suite de l'histoire. Comment se termine-t-il ce face-à-face d'en face ? Bien ? Mal ? Vous ne pouvez attendre plus avant, vous voulez savoir tout et tout de suite. Vous insistez : "et alors ?"
Et alors ? Moi aussi, j'aimerais savoir !

08:44 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |