06/04/2008

Dans ma rue.


Dans ma rue, il y a des bâtiments gris et sales, accolés les unes aux autres comme dans un jeu de construction, il y a des voitures qui y passent, s'arrêtent, repassent, des piétons qui la remontent, des quidams qui la descendent. des chiens en laisse qui y chient, sur le trottoir de droite, de gauche, à la grande satisfaction de leur maître et la colère assassine des riverains.
Dans ma rue, il y a la maison d'en face. Je ne vois que sa façade et ses fenêtres, ouvertures sur un microcosme, mon quartier. Chaque jour donne sur une chambre,une kitchenette, une salle d'eau. Un travailleur ou un étudiant y loge, regarde la maison d'en face, les fenêtres d'en face, ma fenêtre.
Dans ma rue, il y a une seule croisée ouverte dans la demeure d'en face. Je n'ai d'yeux que pour elle. Elle m'attire comme un aimant, un amant. Est-il si important, cet accès à une vie, la vie d'un bout de femme d"en face ? Pour moi, peut-être...
Dans ma rue, je ne vois rien si ce n'est cette baie ouverte, été comme hiver, avec de jolies tentures en velours mais sans rideaux. J'y vois une femme tronc qui se déplace glissant sur le sol comme une automate et regarde, légèrement penchée, la chaussée, le ciel, ma fenêtre. Deux êtres qui s'épient sans savoir pourquoi.
Dans ma rue, en vérité, deux individus de sexe opposés se font face, surpris et méfiants. Mais qui sont cette femme, cet homme ?. Elle, la quarantaine et un visage d'ange, clouée dans un fauteuil roulant, et lui, le petit retraité d'en face, ordinaire, quelconque. Chacun observe, jauge, juge l'autre. Chacun se pose l'éternelle question : moi, petite chose insignifiante, je l'intéresse ? Pourquoi ? Non, c'est uniquement de l'amitié urbaine, de la pitié dangereuse, de la curiosité malsaine, de l'intérêt morbide...
Dans ma rue, pourtant, deux individus qui ne se connaissaient pas se sont souris, salués de la main, envoyés de tendres signes. Est-ce le début d'une idylle sans lendemain ou un amour sans fin. Chacun le voudrait, l'espère, le craint. Sera-t-il son charmant de prince ? Sera-t-elle la cendrillon de la chaussure ?
Dans ma rue, vous qui passiez sans les voir, soudain attendris et complices, vous désirez connaître la suite de l'histoire. Comment se termine-t-il ce face-à-face d'en face ? Bien ? Mal ? Vous ne pouvez attendre plus avant, vous voulez savoir tout et tout de suite. Vous insistez : "et alors ?"
Et alors ? Moi aussi, j'aimerais savoir !

08:44 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Un autre regard Quel joli plaisir que de Vous avoir lu ce matin. Du calme de ma campagne où la neige floconne, je Vous adresse mes meilleures salutations

Écrit par : Pat. | 06/04/2008

comme se serait joli... si ces deux-là faisaient un bout de route (rue) ensemble qui les conduirait qui sait, au bout de la vie, main dans la main, le coeur au bord des yeux.
bonne soirée, quel plaisir d'être passée dans cette rue ce soir!

Écrit par : mimi | 08/04/2008

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