24/03/2008

Jadis...


Vendredi passé, je suis passé à l'école. A mon âge ? Ben oui. Je voulais revoir pour le dernière fois peut-être le haut-lieu de mes exploits d'enseignant et rencontrer quelques survivants de cette guerre sans fin contre la Communauté, le Pouvoir organisateur, la direction, les collègues bornés (il y en a !) et finalement les élèves, objets de toutes nos attentions quand on nous laisse le temps d'y veiller.
Qu'ils ne le prennent pas mal mais mes collègues, du moins ceux que je connais encore, ont pris un sérieux coup de vieux. En quelques années, pendant que je ne pensais qu'à jouir de mon temps libre, de ma liberté, de ma séduction légendaire, ils s'escrimaient à faire réussir, parmi cette masse de jeunes crabes, les rares élèves promettant quelque avenir. De toute façon, pour les parents, tuteurs, institutions, ils seraient les seuls responsables des échecs de nos chères têtes multicolores, championnes du "ne rien faire et tout piquer".
La déchéance suprême aujourd'hui :  le travail. Qu'est-ce qu'il fait encore dans le Larousse ce substantif vieilli et maintenant inusité ?
Je revois l'entrée, le hall, les bureaux des huiles (ceux qui savent), la salle des profs bourdonnante, les escaliers usés, ma classe enfin, toujours aussi crado avec dans le fond cette TV antédiluvienne qui fonctionne par habitude et quelques solides coups de poing. On nous a tout volé mais elle, jamais. Elle devait sans doute trimballer la poisse.
Je revois cette bande d'abrutis, mes élèves, que j'insultais copieusement mais que je chérissais. Ils ne foutaient pas lourd mais... pour me faire plaisir auraient été me décrocher la Lune.
A l'époque un jeune professeur d'anglais-néerlandais, ayant trouvé mon système pédagogique à sa portée, s'était mis dans l'idée de l'appliquer tel quel. J'avais mis dix ans à l'affiner par touches successives. Avec sa personnalité et son caractère, le résultat ne se fit pas attendre. Un couteau à cran d'arrêt vint se planter dans le tableau à travers la manche de son veston immobilisant sa main levée maniant la craie. Sa vessie n'y résista pas. Après un repos forcé pour réapprendre à ne plus faire pipi n'importe où et n'importe quand, il enseigne, paraît-il, dans le sud du pays. L'air y est excellent.
Alors, quand j'entends les honnêtes gens, comme le boucher du coin, mon boucher, prétendre que les enseignants sont des fainéants... D'accord, mais pédagogue est devenu un métier à haut risque ! Pourquoi, et pour le même salaire, nous oblige-t-on en sus à endosser cette funeste réputation ?

09:44 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour ;) Cher Rhadamanthe,
Je ne dis plus que je suis enseignant mais un bourreau neuronal : le temps que mon boucher comprenne, ça nous fera du boudin :))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 25/03/2008

Et oui... 14 ans dans le parascolaire m'ont démontré à quel point ce métier était ingrat et mal considéré. Il me semble parfois que j'ai eu moins de mal à élever un enfant souffrant du syndrôme autistique plutôt qu'un enfant "normal"...
Quand j'entends ce genre de réflexion, je ne peux m'empêcher de rectifier le tir, et comme je ne suis pas enseignante, on me laisse finir ma phrase !
Bonne journée.

Écrit par : Marirose | 26/03/2008

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