20/12/2007

Le déménagement.


Homérique ? Un euphémisme. J'avais tout prévu, même les pintes de bière d'usage pour les trois déménageurs. Par un froid pareil, ils avaient besoin d'avoir le moral au-dessus de zéro, surtout après avoir zieuté ce qui les attendait. Tout était prêt, emballé, démonté, noté... Pourtant, z'étaient pas contents.
- Monsieur, et ces meubles-là, ils ne se démontent pas ?
- Au XVIIIème siècle, on ne déménageait pas souvent, vous savez. Alors, à part les portes, les tiroirs, les planches intérieures, ils sont d'une pièce. Désolé.
- On fait quoi ?
- Comment ça, on fait quoi ? Vous les transportez ainsi. Il n'y a pas d'autres moyens, à ma connaissance.
Grand conciliabule. J'entends des commentaires divers derrière mon dos. Encore un taré, un vieux  schnock, un illuminé. Pouvait pas acheter son mobilier chez Ikéa ? C'est beau mais... pfft, lourd ! Je leur verse les premières chopines de leur rude journée pour les amadouer. Ils se détendent et ne vont pas tarder à s'y mettre, à ce qu'ils disent. Le temps de vider cul sec une deuxième chope sans faux col... Ah, enfin...
- Ce sont des meubles de famille ?
- En quelque sorte, oui. Et ils coûtent chers !
Autant leur faire comprendre tout de suite qu'il ne s'agit pas de laisser mes meubles choir brutalement sous prétexte d'une crampe foudroyante. Ils soulèvent le premier, oscillent, s'équilibrent, évaluent le poids et rassurés passent la porte et rejoignent le camion. Tout s'est bien déroulé. D'accord, ils ont pris le plus petit pour s'échauffer. Enhardis, ils reviennent saisir le meuble suivant. J'ai eu chaud...
Deux meubles embarqués. Ils s'attaquent aux cartons. Je ferme les yeux. Ils ne savent pas lire ? J'ai écrit sur certains cartons "fragile". A les voir chahutés comme des sacs de noix, je me demande pourquoi. Paraît que je suis assuré. Ce n'est pas une raison...
Après trois heures d'efforts mesurés, ils ont fini et le camion est fermé. Direction : mon nouveau domicile.
- Monsieur, la nouvelle adresse est bien "rue de la Pompe" numéro treize ? Et l'étage ?
J'ai aussi envie de les mettre en boîte :
- Au quatrième... sans ascenseur.
- Oups. Les meubles XVIIIIème montent aussi, par les fenêtres ?
- Les cartons, oui. Les meubles non. Les fenêtres sont trop petites. Par l'escalier, forcément.
Nouvelle conférence. J'ouvre de nouvelles bouteilles de bière...
- Cela prendra du temps et de la transpiration, me déclare le chef d'équipe. Quand nous serons sur place, nous demanderons l'élévateur. Pour le moment, il est indisponible.
- C'est ça. Contre un bon pourboire...
- OK. On y arrivera.
Ils me semblent soudain de très bonne composition. L'odeur de l'argent sans doute...
Nous débarquons rue de la Pompe, numéro treize.
- Mais Monsieur, il n'y a qu'un étage. Vous déménagez où ?
- Au rez-de-chaussée, sans ascenseur.
Le chef me lance un regard assassin. Reste à ouvrir trois autres bouteilles... pour faire avaler la couleuvre. Un déménageur qui se respecte manque principalement d'humour. Ne parlons pas du caput-mortuum. Et le trajet inverse débute. Le camion se vide peu à peu.
C'est alors que l'incident s'est produit : le dernier et plus gros meuble ne s'introduit pas ! Coincé en biais entre le mur et le chambranle de la porte.de l'appart.
- Il est une heure de l'après-midi. Nous cassons la croute. Nous réfléchirons en même temps. Posséderiez-vous encore de la bière ?
- Oui. Le froid entre dans l'appartement. Ne traînez pas.
- Dites Monsieur, on fait ce qu'on peut...
Mais c'est bien sûr : par la fenêtre arrière. Elle est assez grande. Il passera par là. Attendons qu'ils aient terminé leurs agapes.
J'explique mon plan au chef. Il va voir. Il est d'accord.
Dzing... Un bruit de verre cassé : le double vitrage !
- Vous avez de la chance, Monsieur : une seule vitre cassée ; l'autre a tenu.
- De la chance !? Mais, milliardidju, on ne vous a jamais dit qu'il est vivement conseillé, même en Belgique, d'ouvrir la fenêtre d'abord ! Non, je n'ai pas besoin d'explications... Oui, je sais que je suis assuré...
- Excusez-nous, Monsieur. Les hommes sont fatigués. Je suppose que votre promesse de pourboire tient toujours ?

Didju, pour ça, ils ne perdent pas le Nord... Les enfoirés !

06:17 Écrit par Rhadamanthe dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

oui, Bah,faut pas se tracasser,les déménagements sans casse sont rares.. et ils n'ont pas cassé tes meubles,c'est déja ça ! Allez Jules,courage !

Écrit par : libra | 22/12/2007

Ah, dans l'autre maison,
le chauffage était en panne...

... dans l'appart, la vitre est cassée... ça doit faire la même température, globalement, non ?

Allez, je ne suis pas venue pour te charrier... juste pour te souhaiter plein de bonnes choses pour cette fête de Noël...

bizzz

Écrit par : Béa | 23/12/2007

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